Mémoire de sang
La carrière policière de Margot Coadou aura été courte, puisqu'à la suite de ses aventures, objet de Empreinte génétique, l'inspecteur de police a raccroché les crampons et s'est muée en libraire. Elle coule des jours paisibles en colocation avec sa copine Klervi qui tient le troquet mitoyen.Letty entremêle présent et passés, et retrace quelques périodes noires de l'histoire de la Bretagne dans un récit vraiment passionnant, rythmé et très réussi, nettement au-dessus de son premier opus.
Petit Ours Brun roule en De Lorean
Un bien triste constat m'amène à rédiger un billet qui l'est peu (amène).
Un constat d'autant plus triste qu'il est double. Doublement triste, donc (vous suivez ou quoi, là?).
D'une part, j'ai oublié mon propre anniversaire. Faut le faire quand même... Ben ouais, c'est celui de Laetitia B. qui m'a remis en mémoire que ce blog aussi, avait 3 ans depuis le 7 décembre. Le malheureux a fêté ses trois années seul, sans bougie, ni gâteau, ni cadeau, ni même un bout de bolduc.
Laissez-moi vous dire que je ne me sens pas fière.
D'autant que depuis un mois, c'est le désert ici. Pas de réponse aux commentaires, plus de note, pour un peu, on verrait défiler des boules de paille au son du vent qui siffle entre les rayonnages...
C'est que je suis dans une phase dramatique d'alecture. Si, ça existe.
C'est quand on ne lit plus, ou très peu, où seulement le programme télé (et encore, sur le net), les recettes de Marmiton (merde, je me souviens plus, les oignons, c'est avant ou après les carottes?) et la posologie des boites de médicaments (l'absorption massive de serum physiologique peut-elle entrainer le décès d'une fillette de 17 mois?).
Je sais c'est flippant.
Rassurez-vous, les cas de contamination par le truchement de la souris sont très rares.
Donc, je ne lis plus : j'ai 35 livres en route, et je n'arrive à en finir aucun, tout me saoule. Même Tom Sharpe ne me retient pas plus d'un chapitre le soir, c'est vous dire. Vais peut-être me mettre à Céline Dion...
Mais, comme je me sens toutefois des responsabilités envers ce blog, je vais me fendre d'une tite critique littéraire quand même.
Du seul livre que j'aie réussi à finir en moins d'un mois : Petit Ours Brun aime la musique.

Autant pour ma saucisse (17 mois), je ne suis pas fan des chansons enfantines que je trouve complètement cons, autant j'adooooore les bouquins des petits.
Jusqu'à ce que je lise Petit Ours Brun.
Déjà, je trouvais que niveau look, POB n'était pas au top de la hype, voyez-vous. Mais bon, passons.
Seulement voilà la première page :
De qui se moque-t-on chez Bayard? On peut aujourd'hui chater avec sa mémée d'Argentine pour pas un rond, transformer du colza en essence, se mettre du mascara qui fait 12 x plus de volume, aller de l'autre côté du globe en moins de 24h, il parait qu'on peut même podcaster tout france Inter si on a un Icrotte... et que fait POB?
IL ECOUTE DES CASSETTES!!!
Mais dans quel espace temps vit-il? Je propose donc de changer le titre et de mettre POB se tape un méchant trip revival 70's et se prend pour Jimy Hendrix. Ce qui permetrait d'expliquer aussi le fait que POB a le même look que moi sur mes photos de maternelle sans dire que les grosses feignasses de chez Bayard ne sont pas foutus d'actualiser les volumes de POB.
Alors que je vous parie un malabar que cette pouf de Dora est sur Fessebook et qu'elle a une page myspace où elle glapit "Sakado, sakado, sakado" à qui veut l'entendre!!
Pour le reste, les 5 pages qui suivent sont à l'avenant : POB se la pète grave et fait son malin tout le long de l'histoire. Ca devait être avant que Boucle d'Or ne se pointe et se cale les joues avec sa blédine. Bref, passez votre chemin, bonnes gens.
L'an prochain, je vous parlerai peut-être de Pinpin, le pingouin qui joue à cache cache sur la banquise.
Si quelqu'un a pigé ce titre tiré par les cheveux, qu'il me fasse signe et je n'aurai pas perdu ma journée...
Éloge de la pièce manquante
Déjà bluffée par les Falsificateurs, Bello réussit une nouvelle fois à me surprendre avec ce polar complètement atypique. 48 chapitres, 48 morceaux de puzzle, 48 indices et une solution au bout.
On cherche un assassin : qui décime le monde du puzzle? Qui s'amuse à découper un membres à chaque victime et à le remplacer un polaroïd?
À travers les chapitres qui s'égrènent, tantôt articles de presse, tantôt lettres personnelles ou encore minutes des assemblées de la Société de puzzlologie, l'auteur sème le trouble ou les indices, ouvre des pistes réelles ou fausses.
Il n'y a pas d'enquête au sens habituel du terme, pas de flic, pas de nouveau meurtres en cours de route. Tous les éléments sont là dès le départ et le lecteur doit se taper tout le boulot et assembler lui-même le puzzle sur la base des pièces qu'il a en main.
D'ailleurs, j'ai eu peur d'être laissée en plan à l'issue des 48 chapitres : tu as toutes les cartes en main, tu te creuses un peu la soupière et tu trouves la solution toute seule, lectrice. Mais non, finalement, point besoin de se remuer les méninges. D'ailleurs, comment aurais-je fait sans la pièce manquante? Comment terminer l'ouvrage?
Bello se fait plaisir en inventant de toutes pièces (haha) l'univers du puzzle de compétition, et étoffe sa création dans les moindres détails, entremêlant des éléments de la vraie vie, comme la société Ubiqus, qui existe réellement et dont il a été un des fondateurs.
Entre ses main le puzzle devient un monde impitoyable où les passions se déchainent, les champions s'entraînent pour gagner, les investisseurs cherchent le profit et les dénicheurs de talent sillonnent l'Amérique pour y trouver la perle rare, capable d'assembler les 520 pièces du Keeper of the flame en moins de 20 minutes.
Pourtant, péchant par excès de perfection, il en vient à nous infliger des passages ennuyeux comme la construction / déconstruction d'un mur en parpaings, certes symbolisant la décadence de la Société de Puzzlologie, mais longuet et indigeste.
Le final est un peu sanglant, en tout cas déconcertant car en décalage avec les chapitres précédents : comme lorsqu'après une demi-journée passée dans le confort silencieux d'une bibliothèque fleurant bon la poussière et les archives on se retrouve en plein soleil, dans le bruit et la fureur d'un grand boulevard.
Davantage un exercice de style qu'un vrai roman, L'éloge de la pièce manquante est une rareté, un Objet à Lire Non Identifié, une bizarrerie…
Autre tueur, autre puzzle : la saison 1 de Dexter, à regarder en parallèle de votre lecture où l'assassin découpe ses victimes en morceaux…
Empreinte génétique
Cette subtile métaphore autour des choses de la mer est destinée à vous mettre dans le bain : polar breton au menu. Et ça trucide sec, à l'institut des poissons et de l'eau salée, où moult pépettes d'un labo scientifique sont tour à tour violées, éventrées et éviscérées. On sent d'ailleurs que l'auteur est plus à l'aise au milieu des aquariums que dans un commissariat : l'aspect purement administratif de l'enquête, les détails de procédures sont allégrement passés à la trappe, choix volontaire?
Ce premier roman se lit très bien, mais souffre de quelques maladresses, tout de même : l'intrigue est sans grande originalité, coupable et mobile un peu tirés par les cheveux, ce dernier me semblant difficilement justifier autant de barbarie.
En plus, j'ai trouvé que l'histoire perso de Margot ne s'encastrait pas super bien dans le scénario, qu'elle était un peu plaquée par dessus.
Pour autant, une petite bouffée d'iode et d'embruns, ça fait du bien, et je demande à voir la suite, puisque Margot est le personnage récurrent chez Letty.
Le blason de Lord Blandamer
Le blason de Lord Blandamer ou comment retomber dans mes pires cauchemars de littérature au collège.Parce que oui, je fais partie de ceux qui ne supportent ni Balzac ni Stendhal, et, à ma grande honte, je n'ai jamais pu finir ni Le père Goriot, ni Eugénie Grandet ni Le Rouge et le noir (malgré trois tentatives pour ce dernier).
Le blason de Lord Blandamer m'a replongée dans cette écriture du XIX que je déteste, où de longs paragraphes sont consacrés à la moralité de l'héroïne, aux réunions de charité de la vieille tante méritante, aux atermoiements de l'amoureux transi et à la philosophie indigeste de l'époque, coincée entre bigoterie et respect des valeurs et des classes sociales à vous coller une bonne diarrhée.
Westray, naïf petit architecte vient s'embourber à Cullern – bled de la campagne anglaise – dans le but de procéder aux réparations de l'église, mise à mal par des années de négligence. Dès son arrivée, il a conscience de l'ambiance étrange du village, sur lequel le blason des nobles du coin, les Blandamer, plane comme une aura maléfique. Pétri de principes et sûr de son statut social, Westray est d'un ennui mortel. Il n'a pour ami que l'autre locataire de la pension où il s'est échoué : un vieil organiste alcolo persuadé que le dernier des Blandamer est un imposteur, occupé à prouver ce qu'il avance.
Pendant que Westray-le-godelureau succombe aux charmes de la nièce de la vieille logeuse, l'organiste meurt dans des circonstances inattendues puisque la cirrhose l'épargne et qu'il fait une chute. Voilà notre gandin reprenant à son compte l'enquête de son ami défunt.
Naturellement, ce qui a l'air ici passionnant est barbant au possible : totale absence de rythme, métaphores à trois sous, leçons de morale à toutes les sauces, bref : un salmigondis indigeste et périmé de longue date, qui devait déjà être vieillot lors de la première guerre mondiale.
Free hug
Daniel Fattore et Anna Blume me font l'honneur de trouver cet endroit plutôt sympa, et je leur souhaite amoursantébonheur avant l'heure rien que pour cette délicate attention!
Les règles du jeu sont simples. Il suffit de :
- mettre le logo et les règles sur votre blog.
- mettre le lien de la personne qui vous a attribué ce prix.
- désigner 7 (ou 5, selon votre humeur du moment) de vos blogs préférés.
- les prévenir que vous leur avez attribué ce prix !
Bon en fait, fallait vraiment en mettre 7, mais moi, je suis une déglingo, et j'en mets seulement 5, mais ils le valent bien!
Alors, voici en exclusivité intersidérale, mon choix :
Les carnets de Zag, qui gribouille plutôt pas mal, et dont le dernier post trouve un écho teeeellement puissant dans mon quotidien...
L'endroit ousqu'on peut échanger des livres, et en même temps rencontrer de vrais gens, que je viens de découvrir. J'essaierai d'en être la prochaine fois!
Et pis les aventures de Georges, who else?
L'enfant de l'amour
Qu'ai-je à voir avec l'Académie suédoise? Pas grand chose, j'en ai bien peur… Ses honorables membres ont décerné en 2007 à Doris Lessing le prestigieux Nobel de littérature, consacrant la vieille dame à 88 ans.
Évidemment, je n'ai nullement la prétention de remettre en cause le choix des grands sachems de la lettre, mais il faut avouer que je suis bien déçue par ma première approche de l'œuvre de Mamie Lessing, au cas présent Un enfant de l'amour.
Encore une fois, la 4ème de couv est minable : elle résume 90% du bouquin, et seules les 10 dernières pages nous réservent quelque surprise.
Même si le roman n'est pas très long, c'est quand même rageant : si les éditeurs ne sont pas foutus d'écrire 10 lignes sur un roman sans le déflorer complètement, ils pourraient se contenter de coller une photo de l'auteur et une mini bio, ça serait plus utile. À la rigueur une recette de cuisine, des annonces matrimoniales, un horoscope ou le calendrier des vacances scolaires de la zone C...
Bref, de toute façon, ce n'est pas le seul reproche que je ferai à la narration, qui nous compte par le menu les mésaventures de James, un jeune homme britannique, romanesque et timide (timoré?) enrôlé dans la seconde guerre mondiale. Après des semaines de navigation sur un rafiot militaire dans des conditions abominables, le malheureux échoue quelques jours au Cap et tombe dans les bras de Daphné, celle dont le souvenir va dorénavant hanter sa vie.
Sur fond de camp militaire, décolonisation, conflit mondial, grandes idées et désillusions, ce récit est ennuyeux au possible, on a envie de baffer ce pauvre James tellement sa façon de se laisser emporter par la courant en rêvassant est crispante. Même si le style est agréable, il n'a pas suffi à m'accrocher à ce court roman qui m'a un peu rappelé Le Tour du Malheur de Kessel, pareillement désuet et tristounet.
La force qui nous manque

Qui ne connaît pas Eva Joly? Qui habite dans une dimension où il n'a jamais entendu parler de l'affaire Elf? Qui roule du mauvais côté de la route? Non, euh, pardon, je m'égare...
Pourtant, qui est capable de donner les tenants et les aboutissants de ce scandale politico-financier qui a agité la France des années 90 et 2000? Pas moi toujours.
J'ai évidemment en tête des images d'Épinal : une paire de chaussures à une brique, le visage de "la putain de la république", l'écharpe de Roland Dumas et des termes qui restent dans mon esprit attachés à cette enquête tels que "frégates", "Françafrique" ou encore "opération bravo".
La force qui nous manque n'est pas exclusivement dédiée aux dessous de l'affaire Elf, puisque l'auteur a déjà dans d'autres ouvrages longuement abordé la période de sa vie consacrée à l'instruction de cette affaire. Il est difficile de classer le bouquin : ce n'est évidemment pas un roman, un peu une autobiographie, un peu un essai, un peu une compil de souvenirs et d'anecdotes.
Eva Joly aborde certains détails du dossier Elf, y entremêle les souvenirs de son enfance, de sa vie de femme et de juge.
On comprend que tout est lié : la façon dont elle a pris le dossier à bras le corps, dont elle s'est colletée avec les puissants de la République, ses valeurs et ses méthodes de travail sont liées à son éducation, ses origines.
Il est d'ailleurs très inconfortable de lire ses critiques sur le fonctionnement de l'état français, notamment sur sa politique africaine. C'est d'autant plus gênant d'entendre une norvégienne critiquer la France que tous les reproches semblent absolument fondés : pour la première fois j'ai eu un peu honte d'être française, je me suis sentie comme une élève prise en faute.
La première réaction puérile de rejet (nan, mais pour qui elle se prend Super Mamie?) passée, j'ai eu l'impression que transparaissait aussi en filigrane derrière ses mots une grande déception : Eva Joly est française d'adoption et est arrivée à Paris avec une idée de la France sublimée, que 20 années passées chez nous se sont fait fort de mettre en pièce. À travers ses yeux, on se rend compte que l'Hexagone peut être un petit pays arrogant et bouffi de suffisance, dont le comportement n'a rien à envier ni au colonialisme économique américain, ni au fonctionnement d'une société féodale, le tout emballé dans un paquet cadeau cliquant, fait de culture, de bon goût et de droits de l'homme.
En tout cas, je suis sortie du bouquin admirative, je reste épatée par la force de caractère de cette dame, sa volonté et surtout son indéfectible capacité à être convaincue qu'on peut lutter contre la corruption dans le monde. Son action actuelle, le network qui regroupe des magistrats et personnes influentes dans plusieurs pays du globe est la preuve qu'il existe encore des Justes sur la planète.
Et bon sang, ça me fait teeeeeeellement de bien!!
Les foulards rouges
Le roman historique n'est que la deuxième spécialité de cet auteur, mort il y a quelques mois. Pape du neo-polar, il s'est lancé sur le tard dans la fresque historique et publie en 2000 Les foulards rouges qui sera récompensé par 3 prix.
Les fameux foulards rouges sont une bande de loyalistes à la couronne de France, dévoués à Mazarin et donc fâchés à mort avec la Fronde.
Emmenés par Nissac, superman arborant rapière et chapeau à plumes, dont le pedigree se décline sur 183 générations, et dont les qualités ne se comptent plus : Nissac est beau, courageux, escrimeur hors pair, loyal, rusé, intelligent, stratège, il connaît de surcroit les vertus de l'hygiène corporel et se lave une fois par jour et développe des idées égalitaristes qui semblent bien en avance pour l'époque.
Mandaté par Mazarin, il recrute des compagnons à son image, et tous s'en vont vaillamment, battant la belle ville de Paris à la recherche des félons dans le noble but de leur pourrir la vie : piquer leur sous pour renflouer les finances royales en berne, faire sauter leurs réserves de poudre ou trucider leurs meilleurs éléments dans des duels à l'épée.
Mais Nissac et sa bande traquent également à leurs heures perdues le vilain "écorcheur", qui réduit de belles jeunes filles à l'état de carcasse de boucherie.
Ce superhéros est fatigant de perfection, frôlant la caricature en permanence. On donnerait cher pour qu'un coup d'épée malheureux l'estropie à jamais, où qu'un boulet lui emporte la moitié de la figure, pour voir s'il ferait encore le malin. Mais c'est lorsque ce vœu est exaucé qu'on se rend le mieux compte combien Nissac est homme extraordinaire…
Évidemment, lui est accolé son alter ego féminin, Mathilde de Santheuil, prude orpheline qui ne tarde pas à se pâmer devant le guerrier chapeauté, et qui intègre aussi sec la guilde des redresseurs de torts, aux cotés de son vaillant amoureux.
On trouve de tout dans ce roman : de l'Histoire, du polar, du roman d'amour, du contre-espionnage, des jésuites et même des drakkars vikings dans les égouts de Paris… n'est-ce point trop?
Dans son souci de coller à l'époque, l'auteur pousse le perfectionnisme à utiliser les tournures désuètes du genre : "il faut l'aller quérir sur le champ", et abuse du remplacement de "dans" par "en", ce qui donne des phrases comme : "en le peuple, les choses ne se passent point toujours ainsi…" qui a fini par franchement me taper sur les nerfs.
En dehors de ces petits désagréments tout de même irritants au bout de 564 pages, le roman est plaisant et bien écrit, m'enfin pas de quoi grimper aux rideaux!
C'est vous qui le dites