Au bonheur des Ogres

Si vous ne connaissez pas la saga en 6 volumes des Malaussène, dont les Ogres est le premier... vous êtes un humain chanceux!! Je paierais cher pour n'avoir pas encore découvert les aventures de cette famille hors du commun et aux accents pourtant tellement proches de nous...

Suivi par "la Fée carabine" et "La petite marchand de prose", le bonheur des Ogres plante un décors surréaliste, au sein duquel Benjamin Malaussène, chef d'un clan composé de ses 5 frères et soeurs, se démène tant bien que mal. Bouc émissaire de profession (il est payé pour se faire engueuler par les clients mécontents du magasin où il travaille), son quotidien se partage entre un job éprouvant, un chien malodorant et épileptique, une fiancée qui vole des pulls et une fratrie aux préoccupations déconcertantes : Louna veut avorter, le Petit voit les pères Noel cannibales, Thérèse fait une crise aigue de mysticisme, bref... ses journées sont longues.
En plein coeur de Belleville, une intrigue policière se noue et plonge Benjamin dans une mouise noire...
L'humour et le style Pennac nous entraînent dans un monde de personnages picaresques et surprenants. Le suspense est total quant à la chute de chaque volume, et je suis persuadée que vous en redemanderez...
Lisez-les parce que tous les volumes sont très courts, faciles à lire. Vous oublierez votre quotidien en vous immergeant dans un univers espiègle, léger comme une bulle de savon et à la fois tellement réel...
Histoire de vous donner envie, un petit extrait :
"- Entrez!
    Ouh! là, angoisse dans la voix de Lehmann. Le mastodonte ouvre lui-même la porte, sans se retourner. Je me faufile entre son bras et le chambranle avec la souplesse craintive du chien battu.
- Trois jours d'hosto et quinze d'arrêt de travail, il va y laisser son calbute, votre Contrôleur Technique.
    C'est la voix du client. Neutre, comme je m'y attendais, et remplie d'une dangereuse certitude. Il n'est pas venu se plaindre, ni discuter, ni même exiger - il est venu imposer son droit par sa force, c'est tout. Suffit de lui jeter un coup d'oeil pour comprendre qu'il n'a jamais eu d'autre mode d'emploi. Suffit de lui en jeter un second pour constater que ça ne l'a pas mené bien haut dans la hiérarchie sociale. Il doit avoir un coeur qui le gêne quelque part. Mais Lehmann ne sent pas ces choses-là. Habitué à filer des coups, il n'a peur que d'une chose: en prendre. Et sur ce terrain-là, l'autre est crédible.
    Je mets suffisamment de terreur dans mon regard pour que Lehmann trouve enfin le courage de m'affranchir. En deux mots comme en mille, M. Machin, ici présent, pongeur sous-marin de son état (pourquoi ce détail? Pour authentifier le muscle?) a commandé, la semaine dernière, un lit de 140 au rayon meubles plein bois.
- Le plein bois, c'est bien votre secteur, Malaussène?
    Oui timide de mon bonnet.
- A donc demandé un lit de 140, noyer
chantourné, ref. T.P. 885, à vos services, M. Malaussène, lit dont les deux pieds de tête se sont brisés au premier usage.
    Pause. Coup d'oeil au plongeur dont la mâchoire inférieure torture un atome de chewing-gum. Coup d'oeil à Lehmann qui n'est pas mécontent de me refiler le paquet.
- La garantie, dis-je...
- La garantie jouera, mais votre responsabilité est engagée ailleurs, sinon je ne vous aurais pas fait venir.
    Gros plan sur mes godasses.
- Il y avait quelqu'un d'autre, sur ce lit.
    Ce genre de plaisirs, même au plus profond de sa trouille, Lehmann ne pourra jamais s'en passer.
- Une jeune personne, si vous voyez ce que je...
    Mais le reste s'évapore sous le regard chalumeau du mastard. Et c'est lui-même qui achève, laconique:
- Une clavicule et deux côtes. Ma fiancée. A l'hopital.
- OOOH!
    C'est un vrai cri que j'ai poussé. Un cri de douleur. Qui les a fait sursauter tous les deux.
- OOOH!
    Comme si on m'avait frappé à l'estomac. Puis, compression de ma cage thoracique par la pointe de mon coude, juste au-dessous du sein, et je deviens aussi blanc que les draps du plumard fatal. Cette fois, Hercule fait un pas en avant, esquissant même le geste de me rattraper au cas où je tomberais dans les vapes.
- J'ai fait ça?
    Voix blanche, début d'asphixie. Chancelant, je m'appuye au bureau de Lehmann.
- J'ai fait ça?
    D'imaginer seulement
cette montagne de barbaque tombant du haut de son plongeoir sur les corps de Louna et de Clara, et faisant sauter tous leurs osselets, suffit à me voir des larmes certifiées conformes. Et, c'est le visage ruisselant que je demande:
- Comment s'appelait-elle?
    Le reste marche comme sur des roulettes. Sincèrement ému par mon émotion, M. Muscle se dégonfle d'un seul coup. Impressionnant. On croirait presque voir la forme de son coeur. Lehmann en profite aussitôt pour me charger méchamment. Je lui présente ma démission en sanglotant. Il ricane que se serait trop facile. Je supplie, arguant que le Magasin ne peut vraiment rien attendre d'une nullité de mon espèce.
- La nullité, ça se paye , Malaussène! Comme le reste! Plus que le reste!
    Et il se propose de me la faire payer si cher, ma nullité, que le client traverse soudain la pièce pour venir poser ses deux poings sur son bureau.
- ça vous fait bicher, de torturer ce type?
    «Ce type», c'est moi. Ca y est, me voilà sous la protection de Sa Majesté le Muscle. Lehmann souhaiterait son fauteuil plus profond. L'autre s'explique: déjà, à l'école, ça lui foutait les boules de voir des caves s'attaquer à plus faibles qu'eux.
- Alors, écoute-moi bien, bonhomme.
    «Bonhomme», c'est Lehmann. Couleur de cierge. De ces cierges qu'on brûle pour que ça passe. Ce qu'il a à écouter est simple. Primo, l'autre retire sa plainte. Deuxio, il viendra bientôt vérifier si je suis toujours en poste. Tertio, si je n'y suis pas, si Lehmann m'a fait jeter...
- Je te casse comme ça!
    «Ça», c'est la jolie règle d'ébène de Lehmann, souvenir colonial, qui vient de péter net entre les doigts de mon sauveur."
 
Allez voir aussi du côté de : "Le dictateur et le hamac"

Elle est pas classe ma vache méxicaine??? Elle est super contente de son bas de page!

J'ai adoré le bonheur des ogres!



Un bouc...
Encore des animaux
Non c'est un livre où on parle de grands magasins de famille d'ange de la vie quouha!
Après la saga Malaussène ce sont tous les autres livres de Pennac qui valent le coup. On en redemande
bz



Que de bons souvenirs de lecture ! j'avais bien aimé cette série, je n'ai peut-être pas lu la pièce de théâtre par contre, parce que vers la fin ça commençait à tirer en longueur. Pennac est venu faire une conférence à la fac de Brest quand j'y étais, c'est un homme charmant, plein d'humour.