Petite bombe noire

 
Le style de Brookmyre décoiffe, c'est le moins qu'on puisse dire.
Difficile de trouve un polar où on sourit aussi souvent, tout en se délectant d'un complot terroriste de grande envergure.
 
Parce que l'Esprit des ténèbres a décidé de taper fort, histoire de bien faire comprendre au monde entier que question assassinat massif et planifié d'innocents, il se hisse au premier rang des fumiers.
 
Heureusement pour les innocents, l'ego surdimensionné de l'Esprit des ténèbres va lui faire commettre la petite erreur.
Cela suffira-t-il à Angélique de Xavia, flic métisse de Glasgow pour lui passer les bracelets?
Il est vrai qu'elle est opportunément aidée par Ray, qui troque bien malgré lui le costard incolore du prof d'anglais pour celui de super héros fan de Doom, Quake et Counterstrike. Et quand il faut dégommer du méchant à la mitraillette, l'expérience des jeux vidéo n'est pas superflue!
 
Ne vous y trompez pas, ce thriller est très sérieux, mais raconté avec une ironie décapante. Un peu comme si Tom Clancy rencontrait Tom Sharpe et San Antonio. Et puis, mine de rien, le gros méchant m'a un peu fait penser à ceux de James Bond, avec leurs plans mirobolants induisant force technologie, barbouzes et matière grise! Ou encore au Dr Mad dans Inspecteur Gadget (visez un peu les références culturelles).
 
Bref, malgré un final un peu attendu, on se régale à lire ce petit pavé, un vrai bonheur de polar.
 
Je vous propose d'y goûter avec mon passage préféré, à propos des skins :
 
Ils le méritaient. Il n'y avait absolument aucun doute là-dessus. Ces putains de nazis allemands. C'était arrivé au fin fond d'une forêt française. Une de leurs escouades avait passé son grand-père et tous les autres prisonniers qui étaient avec lui à la mitrailleuse. Deux générations plus tard, un groupe de leurs pathétiques pseudo-descendants avait flanqué une raclée à Simon dans Sauchiehall Street, en plein Glasgow, alors qu'il revenait d'un concert des Chameleons. D'accord il les avait provoqués : il était tout seul, et ça, ils adoraient. Mais ce qui avait dû les énerver davantage, c'était sa tenue, révélatrice d'un soupçon de goût vestimentaire : une côte de bœuf sous le nez des affamés. Il avait toujours détesté les skinheads, même avant qu'ils ne l'expédient aux urgences. Ils étaient pires que les nuisibles : des cafards. Le phénomène des skins dans son entier se résumait à la montée en puissance d'un tas d'abrutis si dénués de créativité personnelle qu'ils n'étaient que trop contents de se débarrasser de tout semblant d'individualité pour y gagner l'illusion qu'ils faisaient partie de quelque chose.
 
Comment les recruter? Il imaginait la pub :
 
"Est-ce que le fardeau d'une pensée autonome vous écrase? Redoutez-vous ce doute qui vous taraude au moment de choisir vos vêtements? Êtes-vous gênés de n'avoir rien à dire lorsque les autres parlent de l'actualité, de musique ou de leurs relations? Ne craignez rien, vous n'êtes pas le seul à vous sentir à côté de la plaque. Rasez-vous le crâne et rejoignez-nous. Nous avons déjà aidé des milliers de pauvres losers dans votre genre à échapper à leur solitude, nous pouvons faire la même chose pour vous. Nous vous dirons ce qu'il faut porter, nous vous dirons ce qu'il faut penser. Nous vous dirons quelle musique il faut écouter. Et surtout, nous vous ferons rencontrer plein de gens qui sont exactement comme vous – ce sera comme avoir des amis!".
 
 
 
 
 
Je comprends que mon seul avis ne fasse pas figure de référence, alors je vous renvoie chez Cune et Fashion Victim qui m'avaient donné envie de découvrir ce scottish polar.
Dernier truc : si vous êtes à l'aise avec l'anglais, n'hésitez pas à le découvrir en VO, je pense que c'est typiquement un style qui souffre de la traduction. Mais ce n'est que supposition de ma part, grosse flemmarde devant l'éternel : je l'ai lu en français.

Ah qu'il a l'air réjouissant celui-là, je l'avais déjà noté mais je renote, ça ne peux pas faire de mal...



C'est exactement le mot qui convient : réjouissant. S'il est déjà noté, je sais pas moi, souligne, stabylote, entoure, gribouille, encadre...


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