Longtemps, je me suis couché de bonne heure
"Gabriel blêmit en voyant le patron se diriger vers nous
- Tout va bien? demanda-t-il en souriant.
Avisant le manuscrit, il le parcourut distraitement.
- On renvoie à l'auteur, dit-il après en avoir tourné quelques pages. Pas de temps à perdre avec cette soupe.
Et, sans plus s'occuper de nous, il s'éloigna vers l'escalier qui menait à son bureau.
Gabriel poussa un soupir de soulagement.
- Tu as raison, mieux vaut pas qu'on découvre ce manuscrit ici. Je vais le mettre dans une poubelle en sortant.
Je lui arrachai littéralement des mains
- Laisse, je m'en occupe!
Il me regarda un peu déconcerté, mais ne fit aucune remarque. Je rangeai le manuscrit dans un endroit ou personne ne le chercherait et le reste de la journée se passa sans histoire. Prigent ne quitta pas son bureau, je terminai sans me presser mon classement par auteurs, pris ensuite quelques commandes au téléphone, emballai sous papier cristal les livres que Gabriel avait frottés (et parfois déchirés), revissai une barre de tapis dans l'escalier et, vers six heures, décidai que j'en avais assez fait.
J'allai partir lorsque Gabriel me rattrapa.
- Fais attention, dit-il, si on a lu la première phrase d'un livre, il paraît qu'on peut être capté, on lit la deuxième et après c'est foutu.
Venant de lui, ces paroles me surprirent. Après tout, il était peut-être plus futé qu'il n'en avait l'air.
- Ne t'en fais pas pour moi, répondis-je.
Et je quittai Condorcet."
Quand je serai grande, je voudrai être liseuse de romans de chez Actes Sud. J'ai déjà exprimé mon admiration pour cette maison lors de ma note sur Belle-Mère, et je réitère, je confirme, je renouvelle mon engouement pour ces productions. À chaque fois, la magie opère, le charme agit et on se retrouve embarqué dans une histoire étrange et captivante.
Il s'agit ici des aventures d'un jeune looser, qui sort de prison. Sa case départ, loin de lui rapporter
Grâce aux connaissances qu'il s'est faites en prison, il trouve à se loger chez une demi-pute dans une cité d'Epinay.
Bon an mal an, il s'adapte à cette nouvelle vie en essayant juste de ne pas faire de vagues. Mais le sort en décide autrement, et il tombe par hasard sur un manuscrit dont la première phrase le fascine : "Longtemps, je me suis couché de bonne heure."
Ces mots résonnent étrangement dans son esprit et ne le lâcheront plus, lui, qui se considère comme un pauvre tâcheron laborieux et inculte.
À cet instant sa vie peut basculer, encore faut-il qu'il fasse le bon choix, faut-il encore qu'il ose la prendre en main. Entre la cambriole et l'honnêteté peureuse, le choix est délicat, mais parfois, l'art ouvre des possibilités inattendues, et même les filous s'y laissent prendre …
Un thème original, où peinture, écriture et polar se mêlent pour mieux confondre le pauvre Ponchelet, dont j'ai suivi les errements et les choix avec un réel plaisir. J'avais parfois l'impression de le voir, sous les traits de Pierre Richard tellement il est comique dans son existence dramatique… La quatrième de couv qualifie cet œuvre de jubilatoire, et je ne parviens pas à trouver de meilleur adjectif!!
Carrément trouvé ça moyen, moi. Du coup frustrée de ne pas avoir jubilé !
Très bon souvenir de lecture pour moi aussi.
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