Beach Music

 
La tortue caret naît sur les plages de Caroline du Sud et revient y pondre ses œufs des années plus tard, si elle a réussi à échapper à tous les prédateurs et les dangers qui la guettent en mer.
 
Après le suicide de sa femme, Jack quitte lui aussi sa Caroline natale, écœuré par les tentatives sans pitié de ses beaux-parents pour lui enlever la garde de sa fille unique Leah. Rome lui permet de panser ses blessures et d'élever Leah à l'abri d'une famille nombreuse, envahissante, possessive qu'il rend responsable de tous ses malheurs et dont il ne veut plus entendre parler.
Pourtant, l'annonce de la mort imminente de sa mère lui fait prendre l'avion pour les USA, et Leah découvre alors Waterford, ses oncles, ses grands-parents et l'enfance de sa mère. De retour au sein de la tribu familiale, Jack renoue difficilement avec ses quatre frères et son père – alcoolique notoire – mais le fantôme de la mort qui rôde autour de Lucy force tous les membres de la famille à s'efforcer de vivre en harmonie.
 
 
Au fil des chapitres, les personnages racontent leur histoire et deux générations d'américains révèlent les drames qui les ont forgées. Les plus vieux révèlent la shoah ou la violence ordinaire de l'Amérique profonde, la culture millénaire européenne face à l'énergie du nouveau continent, le judaïsme et la chrétienté : autant d'éléments qui s'entremêlent et qui donneront naissance à une génération dont les valeurs seront radicalement différentes de celles de leurs parents. 
 
Jack, Mike, Ledare, Shyla, Jordan et Capers, amis d'enfance issus de ce mélange, sont emportés par la tourmente de la guerre du Vietnam qui va faire exploser ce groupe soudé et créer des dissensions que l'arrivée au pays de Jack va raviver.
 
Peu à peu, les voiles sont levés, les événements apparaissent tels qu'ils se sont réellement déroulés. Les protagonistes parviendront-ils à exorciser ce passé douloureux et à survivre?
 
Par les histoires individuelles, on prend conscience de l'ensemble des éléments qui ont façonné l'état de Caroline et la nation américaine dans toute sa richesse, sa complexité et ses paradoxes.
 
Je suis navrée de ne pas parvenir mieux à retranscrire la puissance inouïe de ce roman magnifique, qui nous emporte dans les marécages des basses-terres pêcher la crevette et le marlin, sauver les œufs de tortue de la voracité des ratons-laveurs et faire frire du maïs au barbecue. L'ironie mordante qui guide souvent les propos de Jack ne parvient pas à masquer l'amour démesuré qu'il porte à ce pays dont l'eau des fleuves coule dans ses veines, lui insufflant la vie tout en l'intoxiquant.
Pat Conroy et son style unique, richissime et foisonnant (je sais je me répète, mais bon, ça me scotche à chaque fois), vous attache profondément à cette Caroline du sud, qui prend pourtant les traits d'un enfant superbe et plein de santé, mais imbu de lui-même et égocentrique, vérolé par des idées dramatiquement conservatrices, racistes, rétrogrades.
 
Pour tout vous dire, je me demande si Beach Music n'est pas encore plus beau que Le Prince des marées
 
… mais comme je trouve ma note d'une nullité absolue, qui ne rend pas du tout hommage à ce bouquin flamboyant, je vous mets un article de Lire qui résume bien mieux que moi l'intrigue du roman, le cri d'amour de Cuné chez les rats de biblio, le billet du Monde à lire.

Le prince des marées

 

Et bien non, voir le film avant de lire le livre n'aura finalement rien gâché de l'immense plaisir que j'ai eu à découvrir la saga des Wingo. Vous ne comprenez pas? C'est normal, allez d'abord voir là.

A quarante ans, Tom Wingo, le narrateur, est appelé à New York par la psy de sa soeur, qui vient une nouvelle fois d'essayer de se suicider. Petit à petit, Tom va dérouler le fil de leur enfance puis de leur jeunesse, merveilleuses et atroces à la fois, pour en arriver aux drames qui ont conduit sa soeur au coeur de la folie. Les trois enfants sudistes Tom, Luke et Savannah prennent magnifiquement vie sous la plume de Conroy et leur histoire tourmentée nous tient en haleine.

Tout est beau dans ce livre : il est extrêmement bien construit, alternant humour cinglant et émotion poignante, anecdoctes burlesques et souvenirs terrifiants de violence. Le style est incroyable, limpide, flamboyant et riche d'un vocabulaire unique.

Le film qui en a été tiré est vraiment une adaptation palichonne de ce chef d'oeuvre : en dehors du fait que l'histoire est salement amputée - notamment de passages qui me laissent un souvenir impérissable (la grand mère essayant son cercueil chez le croque mort) ou qui sont à mon sens cruciaux dans l'histoire, (l'acquisition du Tigre du Bengale, la première apparition du tueur, le combat de Luke) - on n'y retrouve pas l'humour absolu qui émaille toutes les lignes du récit, ni la magie des marais de Caroline du sud, l'odeur des crevettiers, alors que tout ces éléments sont palpables dans le livre.

Un grand merci à Cuné d'avoir su me donner envie de découvrir Le Prince des Marées. 

L'avis de Barbarella, agrémenté de quelques extraits.

Et si vous en voulez encore, Plume salée parle tellement bien de ce bô livre...

Après... c'est fini parce que si tout ça ne vous a pas donné envie d'aller de suite à la librairie/biblio pour vous y plonger, vous êtes un cas désespéré.